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Tabaski au Sénégal entre acte de dévotion et pesanteurs sociales

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Définition des concepts

Acte de dévotion (jaamu yalla) : pratique rituelle que l’on fait avec dévouement et piété.

Pesanteurs sociales : ce que la société nous impose en termes de croyances, de pratiques et d’attitudes. Exemple : Attentes de la société et obligations à accomplir pour la Tabaski : Mouton (Khar) et l’habit neuf que l’on doit porter le jour de la fête (Khotti).

Tabaski et pression sociale :

Pour la fête de la Tabaski, les pères de familles sénégalais s’arrachent les cheveux pour se procurer un beau mouton. Ce mouton doit être digne du rang de l’acheteur car votre valeur sera estimée à sa taille et à sa beauté.

Tant vaut ton mouton, tant vaut ton tabaski

Tant vaut ton mouton, Tant vaut ton statut.

Pression de la société globale et de l’entourage proche : des enfants ; des femmes, des voisins, des proches, des rivaux ; le poids du regard des autres. Course à la concurrence pour avoir le mouton le plus beau, le plus cher et le plus grand quartier.

Exemple des railleries à l’égard de pères de familles qui ont acheté des moutons de petite taille. Ray mou dee.

Pourquoi les pères de familles s’arrachent les cheveux pour se procurer un beau mouton ?

La majeure partie des sénégalais égorgent de gros moutons pour les beaux yeux de la société (Suture ; Sag). La Tabaski au Sénégal n’est Pas forcément pour plaire à Dieu. Les principaux déterminants de la Tabaski au Sénégal sont : la pression sociale, le poids de la tradition, la Concurrence (nawle) et rivalité entre voisin, une affaire d’honneur et dignité.

La symbolique du mouton

L’origine de la Tabaski vient d’un récit présent tant dans le Coran que dans la Bible et dans la Torah (respectivement livre sacré de l’Islam, du Christianisme et du Judaïsme).

 

Un homme appelé Ibrahim (Abraham pour les chrétiens) avait pour fils Ismaël (Isaac pour les chrétiens). Ibrahim était un homme dévoué à Dieu. Ce dernier voulant éprouver sa foi, lui demanda de lui offrir son fils en sacrifice sur une montagne. Ibrahim s’exécuta et au moment de sacrifier son fils, un ange (Djibril pour les musulmans et Gabriel pour les chrétiens) apparut et l’en empêcha. Son fils fut remplacé par un mouton et Ibrahim accomplit le sacrifice.

 

Pour commémorer ce jour et ainsi montrer leur soumission à Dieu, les musulmans fêtent la Tabaski et sacrifient un mouton.

Tuer un mouton à la Tabaski ou Aïd El Kebir est une obligation pour tout musulman…qui en a les moyens.

La philosophie de la Tabaski

Jour de reconnaissance (Sant Yalla) et de bienfaisance (Dimbalante). Les rôles joués par les membres de la famille d’Abraham dans l’application de la recommandation divine : symbole des relations harmonieuses, conviviales et équilibrées qui règnent dans une famille musulmane à cause de la foi qui régit les rapports interpersonnels. Il y a aussi la symbolique de l’égorgement de l’animalité de l’homme à travers l’animal sacrifié (relation homme/animal dans sa dimension sacrificielle). Occasion pour exercer un effort intime sur soi : Eviter les Relations sexuelles hors mariage, causer du tort aux gens qui ne vous ont pas causé du tort, Voler le bien d’autrui. Se repentir et abandonner Toute sorte de péché pour provoquer le pardon et la miséricorde.

Le problème de la cherté des moutons

Cherté de la nourriture du bétail

Transport du bétail vers Dakar

Taxes payées à l’Etat ou aux municipalités

Forte demande face à une faible offre

Solutions contre la cherté des moutons

Améliorer la sécurité des personnes et de leurs biens ; lutter contre le vol de bétail, élevage domestique pour ceux qui ont de l’espace chez eux.

Améliorer le pouvoir d’achat des populations

Politique nationale de développement de l’élevage. Pour le long terme, aller vers une autosuffisance en moutons, viandes et autres cheptels ovins, bovins et caprins, etc.

Message : Sensibiliser sur la philosophie (Jangat) du mouton et de la Tabaski et sur les mérites des 10 premiers jours de Dhul-Hijja ; Moins de pression sociale de la part des femmes surtout. Sur les demandes d’excuses aussi. Arrêter de causer du tort est mieux que passer son temps à demander pardon. Montrer notre solidarité envers les musulmans par les bonnes manières et les dons et à nos voisins chrétiens en leur offrant de la viande. Multiplier nos actes de dévotion.

Docteur Cheikh Tidiane MBAYE,

Enseignant vacataire à l’UCAD et à l’UCAB

Sociologue consultant

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